Bonjour à toutes et à tous,
On se retrouve aujourd'hui pour un article un peu plus personnel puisqu'il va traiter de mon anxiété sociale.
En 2016 - il y a presque 10 ans -, j'écrivais un article sur ce que je pensais être une "timidité maladive" et la souffrance qu'elle engendrait dans ma vie, mon quotidien. Mais je ne savais pas encore qu'il s'agissait de quelque chose de plus profond.
Comment ai-je pu découvrir ce qui me hantait vraiment ? En 2019, après 5 ans dans la vente, je fais un burnout. À l'époque, j'ai mis longtemps avant de l'accepter alors que j'avais tous les signaux en rouge fluo depuis des mois. Je ne dormais plus les nuits précédant mes jours de travail, je m'éteignais de plus en plus. Même le fait de voir mes collègues préférés ne me donnaient plus envie d'aller travailler. Je prenais tout trop à coeur, j'étais à deux doigts de péter un plomb dès qu'on m'adressait la parole. J'avais des envie de violence et cela ne me ressemblait pas. J'ai fini par me rendre à l'évidence, j'avais beau avoir 26 ans, le burnout était là.
Pourquoi je vous parle de cela ? Parce-que c'est en touchant le fond lors de cette période que j'ai décidé de consulter un psychiatre - et non pas un psychologue car à l'époque je vivais avec 750€ par mois et un loyer à payer -. Et finalement, "grâce" à mon manque d'argent et à ces séances, j'ai appris que je faisais de l'anxiété sociale. Et tout a pris sens.
Je n'avais jamais imaginé que c'était ce dont je souffrais depuis des années - ou devrais-je dire toujours, car je n'ai aucun souvenir d'avoir vécu sans cela un seul jour de ma vie - et néanmoins, quand le psychiatre m'a donnée son diagnostic et m'a expliquée point par point ce trouble, ça m'a libérée. Pourtant, ce n'était pas une "bonne" nouvelle, mais je savais enfin pourquoi j'étais comme ça.
Mais l'anxiété sociale, qu'est-ce que c'est concrètement ?
- Parler en public
- Réaliser quelque chose en public, tel que lire un texte ou jouer d’un instrument de musique
- Manger avec d’autres
- Rencontrer des personnes inconnues
- Tenir une conversation
- Signer un document devant témoins
- Se rendre dans des toilettes publiques
Comme toute phobie, elle est totalement irrationnelle et certains en ont conscience, ce qui est mon cas. J'ai beau être consciente que je suis dans une situation normale, qu'il n'y a aucune raison de me mettre dans tous mes états, ça ne rate pas, c'est toujours un enfer. C'est incontrôlable.
Peu importe dans quelle situation je me retrouve, j'essaie d'assurer un maximum et en me mettant une telle pression, je fais les choses n'importe comment et ce que je ne voulais pas qui arrive - la plupart du temps qu'on me juge - arrive. Souvent, on me trouve bizarre, et je peux le comprendre quand on n'a pas les informations nécessaires à mon sujet.
Quand quelqu'un essaie d'entamer la conversation avec moi, en général mon cerveau se met en mode "off" et rien ne se passe, c'est le néant. Impossible de construire une phrase dans ma tête, ni même trouver un mot et encore moins sortir un mot avec ma bouche. Et le peu de fois où j'arrive à sortir quelque chose, cela ni queue ni tête, c'est déconstruit, maladroit. Et la personne en face de moi me juge - chose que je voulais éviter absolument à la base - et c'est comme ça, sans cesse.
J'en parlais récemment à ma psy, car ces situations sont terrifiantes et me font souffrir de différentes manières. C'est alors qu'elle m'a dit que c'était la manière dont mon cerveau se protégeait car ces moments étaient vécu comme des - petits - trauma et que c'était la seule façon pour lui de "survivre" à la situation. Et ça m'a fait du bien d'entendre que c'était réel et que ce n'était pas juste une imagination.
Je vous laisse imaginer les difficultés que cela implique dans les relations sociales. Rencontrer des personnes dans la vraie vie pour la première fois est quasi impossible pour moi. Je ne vais pas pouvoir réfléchir pour avoir une conversation, et en général je me retrouve juste à répondre aux questions avec des mots simples sans avoir la possibilité de les retourner - même dire "et toi ?" me demande un courage insurmontable... - Voyez à quel point cela peut être mal interprété ou vu comme un manque de respect par certains interlocuteurs qui ignorent tout de mon trouble. Cela n'aide pas vraiment à retrouver une estime et confiance en soi au top du top.
Ceci est un exemple parmi tant d'autres. Cette anxiété est là, partout, tout le temps, dans plus de situations que je ne veux bien l'admettre.
Dieu merci, je suis née à la bonne époque, grâce à internet j'ai pu rencontrer des personnes merveilleuses et créer une discussion en ligne me permet de pouvoir créer des liens et d'être un peu plus à l'aise lors de la rencontre "dans la vraie vie". Mais cela n'est pas toujours possible, notamment dans le monde du travail.
Par un temps, je faisais souvent des crises de panique. Qu'est-ce que c'est ?
"La crise de panique est caractérisée par l’apparition soudaine d’une peur ou d’un malaise intense accompagné d’au moins 4 des symptômes physiques et émotionnels suivants :
Douleur ou gêne thoraciques
Sensation de suffocation
Vertiges, déséquilibres ou évanouissements
Peur de la mort
Peur de devenir fou ou de perdre le contrôle
Sentiment d’irréalité, d’étrangeté ou de détachement par rapport à son environnement
Bouffées vasomotrices ou frissons
Nausées, douleurs d’estomac ou diarrhées
Sensation d’engourdissement ou de picotement
Palpitations ou accélération du rythme cardiaque
Essoufflement ou sensation d’étouffement
Sueurs
Tremblements
Les symptômes des crises de panique comprennent de nombreux types de symptômes physiques, et les personnes ont souvent peur d’avoir un problème médical dangereux impliquant le cœur, les poumons ou le cerveau." - source -
Cela a fini par me créer une peur supplémentaire, celle de faire une crise à un moment inopportun - bien qu'il n'y ait aucun vrai bon moment pour faire une crise... - Mais la plupart du temps cela m'arrivait dans des endroits publics et j'avais cette sensation que j'allais mourir et que personne n'allait s'en rendre compte. J'avais l'impression d'être en dehors de mon corps et pourtant je ressentais chaque symptôme qui était d'une puissance inimaginable.
Il m'arrive encore de faire des crises d'angoisse et c'est clairement le plus difficile à vivre à ce jour. Même si à l'heure actuelle, c'est plutôt à domicile que ça m'arrive et le soir. Mais j'ai espoir que cela finisse pas cesser... Un jour qui sait !
Je crois d'ailleurs, ne jamais avoir voulu prendre en compte mon anxiété sociale pour faire un travail. Mais je réalise de plus en plus de toute l'énergie que je dois puiser chaque jour pour sembler un maximum "normale" et à quel point je suis de plus en plus fatiguée ou devrais-je dire épuisée de mes journées. Et les nuits n'arrivent plus à recharger les batterie comme lorsque j'étais plus jeune. Cela devient donc une difficulté supplémentaire.
D'un côté, exercer un travail aux antipodes de mon anxiété sociale me permet d'évoluer et de faire des progrès que je n'aurais jamais cru possible. mais d'un autre côté, après mon premier burnout, je connais et reconnais les signes qui peuvent alerter.
Je ne sais pas si c'est l'âge ou si c'est le fait qu'on parle de plus en plus de santé mentale, mais maintenant, j'ai envie de m'écouter et savoir quand j'ai l'énergie pour essayer de dépasser mes limites ou quand je dois dire stop pour me protéger.
Je viens d'ailleurs de découvrir récemment que les personnes souffrant d'anxiété n'arrivent pas à garder beaucoup de souvenirs parce-qu'elles étaient trop occupées à essayer de surmonter les situations qu'elles ne vivent pas pleinement le moment et cela les empêche de former des souvenirs comme les autres. Et ça m'a heurtée. Moi qui ai toujours dit que j'avais une mauvaise mémoire et du mal à me souvenir de mon passé, cette information m'a permis de mieux comprendre pourquoi.
Bien sûr, cet article est écrit en 2025, et j'espère voir la même évolution que ces 10 dernières années dans l'avenir. Même si je sais au fond de moi que je vivrai certainement toute ma vie avec cette anxiété sociale, j'espère de tout coeur que j'arriverai à mieux m'écouter et faire des choix qui ne me feront plus souffrir autant que dans le passé.
J'ai décidé de me traiter aussi bien que je traiterai une personne qui compte pour moi.
Je resterai sûrement la fille bizarre pour 99% des personnes de ce monde, mais j'arrêterai peut-être de me faire du mal en me répétant sans cesse que je ne suis pas normale.
Je vous écris cet article les larmes aux yeux. Je ne pensais pas fondre en larmes face à ce sujet et pourtant, il semble qu'il me touche bien plus que je ne peux le penser. Et même si je montre rarement mes souffrances aux autres, cet article me rappelle qu'elles sont là et que le meilleur moyen d'évoluer et de les accepter et d'en faire une force. Comment ? Je ne sais pas encore, mais je suis sûre qu'on peut tirer du positif dans toutes les situations.
Cet article, c'est aussi pour vous rappeler que vous n'êtes pas seul.e.s face à vos angoisses, que vous serez sûrement la personne bizarre de quelqu'un d'autre mais que tout ce qui compte, c'est de vous accepter comme vous êtes, d'être entouré.e.s de personnes compréhensives et de ne pas hésiter à demander de l'aide à un professionnel de santé si vous en ressentez le besoin.
Ce n'est pas facile, mais un jour, nous prendrons du recul et nous pourrons être fier.e.s de nous.
A tous mes anxieux.ses, et à tous.tes ceux.lles qui souffrent, nous sommes ensemble.
Ne lâchez rien, vous êtes sur le bon chemin !
- Je précise que l'anxiété sociale ou tout autre trouble est un diagnostic donné par un professionnel de santé. Si vous avez des doutes, n'hésitez pas à consulter un psychiatre ! -
Mes mots sont peut-être maladroits, il est toujours difficile d'en parler en toute objectivité et en restant clair sur les ressentis. Et peut-être que tout est un peu déconstruit, mais j'espère que vous aurez compris l'essence de cet article.
A très vite,
Léopoldine